ÉCHOS DU TERRAIN · AGROÉCOLOGIE
À Nkolmefou 1, la « fleur marguerite » devient une ressource pour la culture du manioc
Une expérience accompagnée par la CNOP-CAM, avec le soutien de l’Agroecology Fund, dans le Programme « Femmes et Jeunes pour la Consolidation des Entreprises Agroécologiques au Cameroun ».
Dans les champs de Nkolmefou 1, dans la région du Centre au Cameroun, une plante longtemps considérée comme envahissante trouve une nouvelle vocation. Le Tithonia diversifolia, localement appelé « fleur marguerite » ou « fleur jaune », est valorisé comme ressource agroécologique pour contribuer à améliorer la fertilité des sols et renforcer l’autonomie des exploitations familiales. Cette expérience, accompagnée par la CNOP-CAM avec le soutien de l’Agroecology Fund, s’inscrit dans le Programme « Femmes et Jeunes pour la Consolidation des Entreprises Agroécologiques au Cameroun » et dans une dynamique de dialogue et de partage des connaissances agroécologiques.

À Nkolmefou 1, produire du manioc reste un défi
À Nkolmefou 1, dans la région du Centre, le manioc occupe une place importante dans les activités agricoles des exploitations familiales. Il contribue à l’alimentation des ménages et constitue également une source de revenus.
Mais produire du manioc dans de bonnes conditions reste un défi. La fertilité des sols, le coût des intrants, les adventices et les problèmes phytosanitaires peuvent affecter les performances des parcelles et fragiliser les revenus des producteurs.
Au cours d’une période précédente, des producteurs de Nkolmefou 1 ont notamment été confrontés à d’importantes difficultés liées à la pourriture du manioc, avec des pertes ayant affecté une partie de la production.
Cette situation a renforcé l’intérêt pour des pratiques accessibles, adaptées aux réalités locales et permettant de mieux valoriser les ressources disponibles dans l’environnement des exploitations.
C’est dans ce contexte qu’une plante particulièrement présente dans le paysage local attire aujourd’hui l’attention : le Tithonia diversifolia.

De « mauvaise herbe » à ressource agricole
Avec ses grandes fleurs jaunes et ses feuilles caractéristiques, le Tithonia diversifolia est facilement reconnaissable. Localement appelé « fleur marguerite » ou « fleur jaune », il est souvent considéré comme une plante envahissante ou une mauvaise herbe.
Pourtant, sa biomasse peut également être valorisée à des fins agricoles.
Utilisé comme matière organique, le Tithonia peut contribuer à restituer au sol de la biomasse et différents éléments nutritifs utiles aux cultures. Cette possibilité en fait une ressource intéressante dans les démarches visant à améliorer la fertilité des sols à partir de matières disponibles localement.
Pour les producteurs, l’enjeu est notamment de valoriser une ressource présente dans leur environnement plutôt que de dépendre exclusivement de produits achetés à l’extérieur.
La plante change ainsi progressivement de statut : de végétal à éliminer, elle devient une ressource à observer, à expérimenter et à mieux connaître.

Une pratique agroécologique inscrite dans le dialogue des savoirs
L’expérience de Nkolmefou 1 ne repose pas uniquement sur l’introduction d’une technique. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de Dialogue des savoirs, fondée sur les échanges, le partage et la valorisation des connaissances agroécologiques.
L’objectif est de rapprocher les connaissances issues de l’expérience des producteurs, les observations réalisées dans les parcelles et les connaissances développées au sein des réseaux agroécologiques.
Dans cette dynamique, les échanges avec l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) contribuent à inscrire les expériences locales dans un espace plus large de circulation des connaissances et de partage d’expériences sur l’agroécologie.
Le principe est simple : les producteurs ne sont pas seulement bénéficiaires de connaissances. Ils sont également producteurs de savoirs, à travers leurs pratiques, leurs observations, leurs adaptations et les enseignements qu’ils tirent de leurs propres expériences.
À Nkolmefou 1, l’utilisation du Tithonia devient ainsi un support concret pour apprendre, expérimenter, observer et partager.

Nourrir le sol à partir des ressources du territoire
L’un des intérêts de cette démarche réside dans un principe simple : mieux valoriser ce que le territoire met à la disposition des producteurs.
Dans une approche agroécologique, la biomasse végétale peut être utilisée pour contribuer à la fertilité des sols et à l’amélioration des conditions de croissance des cultures.
Le Tithonia peut ainsi être considéré non plus seulement comme une plante à éliminer, mais comme une ressource à valoriser lorsqu’elle est disponible et correctement utilisée.
Cette démarche peut également contribuer à réduire certains besoins en intrants extérieurs. Il ne s’agit toutefois pas de considérer le Tithonia comme un remplacement systématique de tous les autres apports, mais comme une ressource pouvant être intégrée dans une stratégie globale de gestion de la fertilité des sols.


Ce que disent les recherches sur le Tithonia
Cette pratique n’est d’ailleurs pas seulement fondée sur des observations de terrain. Des travaux de recherche menés au Cameroun ont étudié l’utilisation de la biomasse de Tithonia diversifolia dans les systèmes de culture du manioc.
Une étude menée en zone forestière camerounaise a notamment évalué l’effet de la biomasse verte de Tithonia sur la croissance et le rendement du manioc. Dans les conditions de cet essai, l’utilisation de biomasse de Tithonia, notamment en association avec une fertilisation minérale, a été associée à une amélioration des rendements par rapport aux témoins.
Une autre étude conduite dans le sud du Cameroun a également montré que la biomasse fraîche de Tithonia, utilisée seule ou avec du fumier de volaille, pouvait améliorer certaines propriétés physiques du sol ainsi que la croissance et le rendement du manioc.
Ces résultats scientifiques ne constituent toutefois pas les résultats de l’expérience de Nkolmefou 1. Ils permettent plutôt de situer l’intérêt agronomique de la pratique expérimentée sur le terrain.
Une expérience de terrain qui mérite d’être documentée
L’expérience de Nkolmefou 1 prend tout son sens dans les conditions réelles de production.
Les producteurs expérimentent une pratique qui repose sur une ressource accessible localement et cherchent à observer ses effets sur leurs parcelles.
Mais cette expérience doit être regardée avec rigueur.
Une éventuelle amélioration de la production ne peut pas être attribuée au seul Tithonia. Le rendement d’une parcelle dépend de plusieurs facteurs : qualité et état du sol, variété utilisée, entretien, conditions climatiques, disponibilité en eau, pression des maladies et ravageurs, pratiques culturales et conditions de récolte et de commercialisation.
De la même manière, l’utilisation du Tithonia ne doit pas être présentée comme ayant, à elle seule, permis de résoudre les problèmes de pourriture du manioc observés précédemment à Nkolmefou 1.
L’expérience constitue avant tout une piste agroécologique à suivre, documenter et évaluer.

Au-delà de la fertilisation : un potentiel à explorer avec prudence
L’intérêt du Tithonia ne se limite pas à son utilisation comme source de biomasse.
La plante fait également l’objet de recherches portant sur certaines de ses propriétés biologiques, notamment dans la gestion des adventices et de certains organismes nuisibles.
Ces propriétés ouvrent des perspectives intéressantes pour l’agroécologie. Elles doivent cependant être considérées avec prudence. Les effets dépendent notamment de la préparation utilisée, de la concentration, du mode d’application et de l’organisme ciblé.
Le Tithonia ne peut donc pas être présenté comme un herbicide ou un fongicide universel.
À Nkolmefou 1, l’enjeu principal reste sa valorisation comme ressource agroécologique et l’observation de ses effets dans les conditions concrètes des exploitations familiales.
Femmes et jeunes au cœur de la consolidation des entreprises agroécologiques
L’expérience de Nkolmefou 1 s’inscrit dans le cadre du Programme « Femmes et Jeunes pour la Consolidation des Entreprises Agroécologiques au Cameroun », avec l’accompagnement de la CNOP-CAM et le soutien de l’Agroecology Fund (AEF).
Cette orientation donne à l’expérimentation une portée qui dépasse la seule culture du manioc.
Il s’agit également de renforcer les capacités des femmes et des jeunes à développer des activités agricoles plus durables, en s’appuyant davantage sur les ressources disponibles dans leur environnement.
La valorisation du Tithonia s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’avenir des exploitations familiales : comment améliorer la fertilité des sols ? Comment réduire certaines charges de production ? Comment limiter les pertes ? Comment renforcer l’autonomie des producteurs tout en maintenant la viabilité économique des exploitations ?
Ces questions sont au cœur des enjeux auxquels sont confrontées les entreprises agroécologiques portées par les femmes et les jeunes. L’accompagnement de la CNOP-CAM et le soutien de l’Agroecology Fund s’inscrivent dans cette dynamique.

Du champ au dialogue des savoirs
L’une des principales valeurs de l’expérience de Nkolmefou 1 réside dans la possibilité de transformer une pratique expérimentée sur le terrain en connaissance partageable.
C’est précisément le rôle du Dialogue des savoirs : permettre que les expériences paysannes soient observées, discutées, confrontées à d’autres connaissances et progressivement documentées.
Pour cela, plusieurs dimensions méritent d’être suivies : comment le Tithonia est récolté, comment la biomasse est préparée et utilisée, à quel moment elle est appliquée, quelles quantités sont mobilisées et quels effets sont observés sur les parcelles.
Il est également important de documenter les résultats économiques : coûts de production, rendement, pertes, prix de vente et revenu tiré de la parcelle.
Enfin, la parole des producteurs doit occuper une place centrale.
Ce sont eux qui expérimentent, observent et adaptent les pratiques aux réalités de leur exploitation.
Le partage de ces connaissances, notamment dans le cadre des échanges agroécologiques avec des réseaux tels que l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA), peut contribuer à faire circuler les enseignements tirés des expériences locales et à enrichir les pratiques d’autres organisations paysannes. La capitalisation progressive des pratiques est également identifiée comme un enjeu important de l’expérience de Nkolmefou 1.
La CNOP-CAM, un acteur de l’accompagnement et de la capitalisation
À Nkolmefou 1, cette expérience s’inscrit dans une dynamique accompagnée par la Concertation Nationale des Organisations Paysannes au Cameroun (CNOP-CAM), avec le soutien financier de l’Agroecology Fund.
L’accompagnement vise notamment à renforcer les capacités des femmes et des jeunes à développer des activités agricoles plus durables et à mieux valoriser les ressources disponibles dans leur environnement.
La démarche ne se limite donc pas à la mise en œuvre d’une pratique agricole. Elle comprend également une dimension de capitalisation des connaissances.
L’objectif est de documenter ce qui est expérimenté, ce qui fonctionne, ce qui doit être amélioré et les conditions dans lesquelles une pratique peut être reproduite.
Cette logique est particulièrement importante pour les organisations paysannes : une expérience locale ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle peut devenir une connaissance utile, discutable et partageable.

Transformer une contrainte en opportunité
L’expérience de Nkolmefou 1 illustre une idée importante de l’agroécologie : certaines solutions peuvent être recherchées à partir des ressources déjà présentes dans les territoires.
Une plante considérée comme indésirable peut ainsi changer de statut lorsqu’on découvre une manière utile de la valoriser.
Cette évolution du regard est importante pour les producteurs. Elle invite à mieux connaître les ressources disponibles dans leur environnement, à expérimenter leur utilisation et à déterminer dans quelles conditions elles peuvent réellement contribuer à améliorer les performances des exploitations.
L’approche rejoint ainsi une conception de l’agroécologie fondée sur l’autonomie, la valorisation des ressources locales, l’apprentissage collectif et la circulation des connaissances.

Une récolte à observer, plutôt qu’une promesse à exagérer
La récolte constitue une étape importante pour observer et documenter les résultats de l’expérience.
Mais elle doit être analysée avec méthode.
La surface expérimentée, le nombre de producteurs concernés, les rendements observés, les coûts de la pratique et les éventuelles différences avec d’autres parcelles devront être documentés avant de tirer des conclusions.
Cette prudence n’enlève rien à l’intérêt de l’expérience. Au contraire, elle permet de lui donner une valeur plus solide.
L’enjeu n’est pas de démontrer trop rapidement que la « fleur marguerite » constitue une solution miracle, mais de comprendre dans quelles conditions cette ressource peut réellement contribuer à une production agroécologique du manioc plus durable.

Nkolmefou 1, une expérience à suivre et à partager
À Nkolmefou 1, la « fleur marguerite » change progressivement de regard : d’une plante considérée comme envahissante, elle devient une ressource que les producteurs expérimentent pour accompagner la culture du manioc.
Son intérêt ne réside pas dans la promesse d’une solution unique aux difficultés agricoles, mais dans la possibilité de valoriser une ressource locale dans une démarche plus globale d’amélioration de la fertilité des sols et d’autonomie des exploitations.
L’expérience reste à documenter et à évaluer dans la durée. C’est précisément ce qui fait son intérêt.
Elle permet de partir du terrain, des connaissances paysannes et des ressources du territoire pour construire progressivement des pratiques agroécologiques adaptées aux réalités des producteurs.
À travers le Programme « Femmes et Jeunes pour la Consolidation des Entreprises Agroécologiques au Cameroun », soutenu par l’Agroecology Fund, et grâce aux dynamiques de Dialogue des savoirs et de partage des connaissances agroécologiques, l’expérience de Nkolmefou 1 peut ainsi devenir davantage qu’une expérimentation locale : un point de départ pour apprendre collectivement, documenter les pratiques et faire circuler les enseignements au sein des réseaux paysans.
À Nkolmefou 1, le manioc devient ainsi le point de départ d’une réflexion plus large : comment produire durablement, préserver les sols et renforcer l’autonomie des exploitations familiales en s’appuyant davantage sur les ressources du territoire et sur les connaissances de ceux qui les cultivent ?


