Une assiette de légumes-feuilles, une préparation de manioc, un plat de maïs ou des safous : la diversité de notre alimentation raconte celle des territoires et des savoir-faire. Derrière chaque repas, des femmes et des hommes produisent, transforment, transportent et commercialisent. Mettre ces produits à l’honneur, c’est aussi reconnaître leur travail.

Le message « Je mange Camerounais » invite à faire ce lien entre consommation locale et soutien aux communautés rurales. Pour la Concertation Nationale des Organisations Paysannes au Cameroun (CNOP-CAM), la Journée mondiale de l’alimentation est l’occasion de rappeler une exigence : les exploitations familiales doivent disposer des moyens nécessaires pour nourrir durablement les populations et mieux vivre de leur activité.

De nos assiettes aux exploitations familiales

Acheter des produits locaux contribue à leur offrir des débouchés. Mais la valorisation de cette production dépend également des conditions de travail dans les exploitations et de l’organisation des filières. L’accès difficile au financement, le manque d’équipements, les aléas climatiques et la dégradation des sols fragilisent les activités agricoles. Les difficultés de stockage, de transformation et de commercialisation limitent, elles aussi, la valeur que les producteurs peuvent tirer de leurs récoltes.

Soutenir l’alimentation locale suppose donc d’agir sur toute la chaîne : produire, conserver, transformer, acheminer et vendre. Les efforts des familles paysannes doivent pouvoir se traduire par une meilleure disponibilité des aliments et par des revenus plus rémunérateurs.

Préparation de légumes-feuilles et de haricots avec un accompagnement de manioc
Légumes-feuilles et manioc : la diversité des produits nourrit celle des repas.
Trois portions de préparation de maïs servies avec une sauce
Les préparations de maïs illustrent la place de la transformation dans l’alimentation locale.

Investir là où les besoins se trouvent

Accès à l’eau, équipements adaptés, voies de desserte, infrastructures de stockage et de transformation, services de conseil : les besoins sont concrets. La CNOP-CAM appelle à mieux prendre en compte les exploitations familiales dans les priorités d’investissement public et à associer les organisations paysannes à la définition des actions.

Leur participation permet de rapprocher les décisions des réalités du terrain, d’identifier les équipements réellement utiles et de suivre leur mise en œuvre. L’enjeu est de financer des solutions accessibles, entretenues dans la durée et adaptées aux territoires.

Des financements qui respectent les cycles agricoles

Financer une campagne, acquérir un équipement ou conserver une récolte nécessite des ressources que les exploitations ne peuvent pas toujours mobiliser seules. Les échéances de remboursement et les conditions d’accès au crédit doivent tenir compte de la saisonnalité des revenus agricoles.

La CNOP-CAM plaide pour des dispositifs adaptés aux initiatives individuelles comme aux investissements collectifs. Les femmes et les jeunes doivent y trouver leur place, avec un accès renforcé à la formation, aux ressources productives, aux équipements et aux espaces de décision.

Accompagner les savoirs et l’innovation paysanne

Les organisations paysannes jouent un rôle de proximité : elles font remonter les besoins, organisent les échanges d’expériences et facilitent la mise en place de services collectifs. Les renforcer, c’est améliorer l’accompagnement des producteurs et le dialogue avec les pouvoirs publics, la recherche et les partenaires du développement.

À Nkolmefou 1, dans la région du Centre, des producteurs expérimentent l’utilisation du Tithonia diversifolia dans la culture du manioc, avec l’accompagnement de la CNOP-CAM et le soutien financier de l’Agroecology Fund. Cette démarche explore la valorisation d’une biomasse disponible localement comme apport de matière organique.

Les effets dans les parcelles concernées doivent être documentés avant toute recommandation de diffusion. L’expérience rappelle que l’innovation a besoin de conseil, de suivi et de temps pour être évaluée dans les conditions réelles des exploitations.

Trois priorités pour passer à l’action

  1. Investir dans les exploitations familiales. Choisir avec les producteurs les équipements, infrastructures et services répondant à leurs besoins.
  2. Adapter les financements. Tenir compte des cycles agricoles et faciliter l’accès des femmes, des jeunes et des initiatives collectives.
  3. Soutenir le conseil et l’innovation. Financer l’expérimentation, l’évaluation des pratiques et le partage des connaissances.

« Je mange Camerounais » peut ainsi devenir un engagement quotidien, à la fois alimentaire, économique et collectif. Consommateurs, pouvoirs publics, institutions financières et partenaires ont chacun un rôle à jouer. La transformation des systèmes alimentaires se construit avec les producteurs, à partir de leurs besoins et de leur expérience.

CNOP-CAM
Pour un agir ensemble responsable et solidaire.