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Alimentation scolaire locale et saine : la CNOP-CAM promeut les cantines scolaires comme débouchés pour les producteurs familiaux
Agriculture familiale · Alimentation scolaire

Alimentation scolaire locale et saine : la CNOP-CAM promeut les cantines scolaires comme débouchés pour les producteurs familiaux

2026-10-21 · CNOP-CAM

À l’occasion du webinaire continental du 20 octobre 2026 consacré à la jeunesse, à l’entrepreneuriat agricole et à l’alimentation scolaire locale, la CNOP-CAM a présenté son expérience d’approvisionnement des cantines scolaires en produits locaux. À travers le programme TAFS et la campagne « Je Mange Camerounais », elle met en lumière le potentiel des organisations paysannes pour structurer les marchés locaux, soutenir l’entrepreneuriat agricole des jeunes et contribuer à la souveraineté alimentaire.

Les cantines scolaires, un levier pour promouvoir l’agriculture familiale

Comment faire des cantines scolaires un débouché durable pour les producteurs locaux et une source d’opportunités économiques pour les jeunes ? Cette question était au cœur du webinaire organisé le 20 octobre 2026 dans le cadre de la plateforme continentale d’échanges de la Plateforme panafricaine des organisations paysannes et de producteurs agricoles (PAFO), avec l’appui de l’Andreas Hermes Akademie (AHA).

La rencontre a réuni 55 participants, dont 53 sont restés jusqu’à la fin des échanges. Les allocutions introductives de la PAFO et de la Plateforme régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale (PROPAC) ont souligné l’importance de rapprocher les organisations paysannes, les jeunes entrepreneurs agricoles, les établissements scolaires et les partenaires du développement.

Parmi les expériences présentées, celle de la Concertation Nationale des Organisations Paysannes au Cameroun (CNOP-CAM) a illustré comment une organisation paysanne peut contribuer à structurer l’approvisionnement des établissements scolaires et à valoriser les productions issues de l’agriculture familiale.

Au Cameroun, une expérience concrète portée par la CNOP-CAM

Lors de cette rencontre, Son Excellence Mme Élisabeth Atangana, Ambassadrice spéciale de la FAO pour les coopératives et présidente de la CNOP-CAM, a présenté l’expérience camerounaise à travers le programme TAFS — « Transformer le système africain pour le rendre durable » — et la campagne « Je Mange Camerounais ».

Cette présentation a mis en évidence le rôle des organisations paysannes dans la mise en relation des producteurs, le regroupement des denrées et la livraison de produits locaux aux cantines scolaires. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation de l’agriculture familiale et de promotion de la consommation des produits du terroir, portée notamment par la campagne « Je Mange Camerounais ».

À Ntui, quatre établissements approvisionnés en produits locaux

L’expérience présentée concerne la localité de Ntui, dans le département du Mbam-et-Kim, où le dispositif mobilise notamment le GIC CHASAADD et la SOCOCUVIMK pour approvisionner quatre établissements publics : l’EP Nguila, l’EP Ntui-ville, l’EP Tamba et l’EP Ndimi.

Les données présentées pour la période du 28 septembre au 2 octobre 2026 donnent un aperçu concret de l’activité :

1 837 élèves couverts par les commandes présentées ;

18 produits alimentaires locaux concernés ;

2 107 039 FCFA de montant facturé au Programme alimentaire mondial (PAM).

Ces chiffres illustrent la capacité des organisations paysannes à mobiliser une offre diversifiée et à répondre aux besoins d’un marché institutionnel. Ils correspondent à la période documentée et ne doivent pas être interprétés comme un bilan annuel ou comme le nombre total d’élèves bénéficiaires du dispositif.

Une organisation collective de l’approvisionnement

Le fonctionnement du dispositif repose sur une répartition des tâches entre les producteurs et leur organisation. Les producteurs fournissent les denrées disponibles, tandis que l’organisation paysanne assure leur regroupement, complète les quantités manquantes si nécessaire, coordonne le stockage et le transport, puis organise les livraisons aux établissements.

Les commandes et les livraisons sont documentées avant la facturation. Cette organisation collective permet de coordonner les contributions de plusieurs producteurs et de répondre aux exigences d’un acheteur institutionnel.

Au-delà de la vente des produits, cette expérience souligne la fonction économique des organisations paysannes : elles structurent l’offre, facilitent l’accès des exploitations familiales aux marchés et organisent les opérations nécessaires pour rapprocher les productions des consommateurs.

Des résultats encourageants, mais des contraintes à lever

L’expérience de Ntui met également en évidence plusieurs difficultés qui peuvent fragiliser la pérennité de l’approvisionnement.

Les frais de transport ne sont pas toujours couverts, les capacités de stockage restent limitées et les organisations paysannes doivent parfois préfinancer les achats en attendant le règlement des factures. Les écarts entre les effectifs prévus et les besoins réels des établissements peuvent aussi compliquer la planification des volumes à livrer.

Ces contraintes montrent que l’accès à un marché institutionnel ne suffit pas, à lui seul, à garantir la rentabilité de l’activité. Pour que les producteurs bénéficient durablement de ces débouchés, les coûts logistiques doivent être pris en compte et les conditions de paiement suffisamment prévisibles.

Parmi les pistes d’amélioration identifiées figurent l’intégration des frais logistiques dans les commandes, la mise en place de fonds de roulement ou de mécanismes d’avance, le développement d’espaces de stockage de proximité, la mutualisation du transport et l’ajustement des quantités commandées aux besoins réels des établissements.

Ces leviers sont essentiels pour consolider les circuits d’approvisionnement et éviter que les organisations paysannes supportent seules les risques financiers liés à la fourniture des cantines.

« Je Mange Camerounais » : rapprocher la production locale des consommateurs

La campagne « Je Mange Camerounais » complète cette dynamique en mettant l’accent sur la valorisation des produits locaux et leur place dans l’alimentation des populations. Elle contribue à rappeler que le développement de l’agriculture familiale ne dépend pas uniquement de la capacité à produire, mais aussi de l’existence de débouchés, de circuits de commercialisation fonctionnels et d’une demande pour les productions nationales.

Pour la CNOP-CAM, cet enjeu concerne autant la reconnaissance du travail des producteurs que la création de conditions économiques favorables à leurs activités. Les cantines scolaires représentent, dans cette perspective, un marché potentiel pour les produits locaux, à condition que les volumes, les exigences de qualité, les délais de livraison et les modalités de paiement soient adaptés aux réalités des exploitations familiales.

La valorisation des produits locaux suppose également de renforcer la sensibilisation des consommateurs, de promouvoir une alimentation diversifiée et de mieux articuler les besoins des établissements avec les disponibilités saisonnières des territoires.

La jeunesse, un acteur de toute la chaîne de valeur

Les échanges du webinaire ont rappelé que l’entrepreneuriat agricole des jeunes ne se limite pas aux activités de production. Les besoins des cantines scolaires peuvent aussi ouvrir des perspectives dans la collecte, le regroupement, le stockage, le transport, la transformation, la distribution et la commercialisation des denrées.

Ces activités constituent des possibilités d’insertion économique pour les jeunes, à condition qu’ils disposent d’un accompagnement adapté, de formations techniques et entrepreneuriales, d’équipements, de financements accessibles et de débouchés suffisamment prévisibles.

Le renforcement des centres d’incubation, l’insertion socioprofessionnelle des jeunes et la formation en agroécologie peuvent contribuer à développer leurs compétences et à soutenir la création d’entreprises agricoles viables.

La sensibilisation des enfants aux métiers agricoles constitue également une piste complémentaire. Les jardins scolaires et les visites d’exploitations permettent de rapprocher les jeunes générations du monde agricole, de transmettre des connaissances et de mieux faire connaître les métiers liés à la production et à la transformation alimentaires.

Dans cette perspective, les cantines scolaires peuvent devenir un levier de développement territorial : elles soutiennent la demande en produits agricoles, encouragent l’organisation collective des producteurs et peuvent contribuer à la création d’activités économiques autour des systèmes alimentaires locaux.

Des enseignements partagés au niveau régional

Les expériences du Burundi et de la République démocratique du Congo (RDC), également présentées lors du webinaire, ont enrichi les échanges en illustrant d’autres modalités de rapprochement entre agriculture familiale, consommation locale et restauration collective.

Au Burundi, les données de référence de 2024 présentées pendant la rencontre faisaient état de plus de 753 000 enfants concernés dans 885 écoles, d’environ 6,8 millions de dollars américains injectés dans l’économie locale et de 40 % des achats alimentaires du PAM destinés aux repas scolaires effectués localement. Ces chiffres se rapportent à l’année 2024 et ne constituent pas des données actualisées pour 2026.

Cette expérience souligne notamment l’importance d’anticiper les besoins des établissements, d’informer les producteurs suffisamment tôt et de structurer les relations avec les coopératives afin de faciliter la planification des cultures et des livraisons.

En RDC, l’initiative du « Restaurant de la Souveraineté Alimentaire », présentée par l’Association paysanne des jeunes entrepreneurs agricoles au sein de la COPACO-PRP, a illustré le potentiel de la restauration et de la transformation agroalimentaire pour valoriser les productions des exploitations familiales et créer des débouchés. Les exemples partagés ont également mis en évidence l’importance de maîtriser les coûts de transport et de conservation et de sensibiliser les consommateurs aux produits locaux.

Pour la CNOP-CAM, ces expériences confortent l’intérêt de renforcer l’organisation des filières, les capacités logistiques, les mécanismes de financement et les partenariats entre producteurs et acheteurs institutionnels.

Consolider les partenariats pour pérenniser les initiatives

La participation de la CNOP-CAM à ce webinaire continental a permis de mettre en partage une expérience camerounaise concrète, tout en faisant ressortir les conditions nécessaires à son renforcement. Les données présentées à Ntui montrent qu’une organisation paysanne peut coordonner plusieurs producteurs et contribuer à l’approvisionnement d’établissements scolaires en produits locaux. Elles mettent également en évidence les besoins d’investissement et d’accompagnement indispensables pour rendre ce modèle plus durable.

La consolidation de ces initiatives appelle une collaboration renforcée entre organisations paysannes, pouvoirs publics, établissements scolaires, partenaires techniques et financiers et autres acteurs des filières agricoles. Cette coopération doit notamment favoriser des commandes prévisibles, des financements adaptés aux cycles agricoles, des infrastructures de stockage et de transport appropriées, des exigences de qualité clairement définies et un suivi régulier des résultats.

En valorisant l’expérience de ses membres et en promouvant la consommation des productions nationales, la CNOP-CAM entend contribuer à des systèmes alimentaires plus durables, inclusifs et ancrés dans les territoires. Faire des cantines scolaires un débouché structuré pour l’agriculture familiale, c’est aussi ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes entrepreneurs agricoles et renforcer la contribution des producteurs locaux à la souveraineté alimentaire du Cameroun.

Collecte et transport des denrées : la logistique est une composante essentielle des circuits d’approvisionnement.
Collecte et transport des denrées : la logistique est une composante essentielle des circuits d’approvisionnement. · CNOP-CAM
La campagne « Je Mange Camerounais » valorise les productions locales. Les visages des enfants sont floutés pour préserver leur vie privée.
La campagne « Je Mange Camerounais » valorise les productions locales. Les visages des enfants sont floutés pour préserver leur vie privée. · CNOP-CAM
Le jardin scolaire rapproche les jeunes générations de l’agriculture. Les visages des enfants sont floutés pour préserver leur vie privée.
Le jardin scolaire rapproche les jeunes générations de l’agriculture. Les visages des enfants sont floutés pour préserver leur vie privée. · CNOP-CAM