À Nkolmeyang, l’agriculture agroécologique et l’alimentation locale au cœur d’une dynamique de développement durable

Le 21 janvier 2026, la localité de Nkolmeyang, dans l’arrondissement de Nkol Afamba, a accueilli une descente de sensibilisation consacrée aux principes et pratiques de l’agroécologie dans les exploitations familiales. Organisée par la Concertation nationale des organisations paysannes du Cameroun (CNOP-CAM), avec l’appui de l’Agroecology Fund (AEF), cette initiative s’inscrit dans la dynamique nationale de promotion de la transition agroécologique, de la souveraineté alimentaire et de l’autonomisation durable des communautés rurales.

À travers cette action de terrain, la CNOP-CAM entend apporter des réponses concrètes et adaptées aux défis structurels auxquels font face les petits producteurs : dépendance aux intrants importés, faibles rendements, vulnérabilité économique et pression croissante sur les ressources naturelles.

Une mobilisation communautaire ancrée dans le territoire

Dès les premiers instants, M. Bessala Philippe, notable du village, donne le ton de la rencontre. D’une voix posée, il exprime la fierté d’une communauté consciente de la nécessité de faire évoluer ses pratiques agricoles afin de garantir sa sécurité alimentaire et celle des générations futures.

« Le fait que la CNOP-CAM ait répondu favorablement à l’appel des producteurs de Nkolmeyang est un honneur. Ces échanges valorisent l’héritage de nos parents, tout en nous donnant des outils pour mieux faire face aux défis actuels », souligne-t-il.

Le dialogue des savoirs, moteur d’innovations paysannes

Au cœur de la rencontre, le dialogue des savoirs s’impose comme un moment clé. Cette séquence d’échanges participatifs permet de croiser savoirs paysans, innovations locales et principes agroécologiques, en parfaite adéquation avec les réalités des exploitations familiales.

Les membres du GIC AGREN de Nkolmfou I, bénéficiaires du Programme d’Appui à l’Agroécologie et à l’Élevage du Poulet Local (PRAEEPOUL), présentent leurs pratiques de fabrication d’aliments pour poulets à partir de plantes naturelles et de leurs propres productions agricoles.

« Depuis que nous fabriquons nos aliments pour poulets à partir de plantes naturelles et de nos propres productions agricoles, nos dépenses ont nettement diminué. Nos poulets locaux sont en meilleure santé et, surtout, nous ne dépendons plus entièrement des aliments industriels. Aujourd’hui, nous avons gagné en autonomie, en savoir-faire et en confiance dans notre métier d’éleveuses », témoigne Mme Ndzana Bibiane, membre du GIC AGREN.

Femmes et jeunes au cœur de la transition agroécologique

Cette dynamique s’inscrit dans le Programme Femmes et Jeunes pour la Consolidation des Entreprises Agroécologiques (PROFEJA), mis en œuvre par la CNOP-CAM. Le programme vise à renforcer les capacités techniques, économiques et organisationnelles des femmes et des jeunes, afin de promouvoir des entreprises agroécologiques viables, rentables et durables.

Pour Mme ATANGANA Elisabeth, Ambassadrice spéciale de la FAO pour les coopératives et Présidente de la CNOP-CAM :

« Les femmes et les jeunes constituent un levier stratégique du développement agricole. Investir dans leurs compétences en agroécologie, c’est renforcer la résilience économique des territoires et la durabilité des systèmes alimentaires. »

Des parcours inspirants, une jeunesse rurale engagée

Le témoignage d’Alphonse Biyidi, jeune pisciculteur et ancien apprenant du centre de formation CHASAADD de Mfou, met en lumière l’impact concret de cette rencontre de sensibilisation sur les dynamiques locales de développement.

« Avec l’appui et l’accompagnement de la CNOP-CAM, nous voulons améliorer de manière significative la structuration du développement dans notre village. Grâce à la formation que j’ai reçue au centre CHASAADD de Mfou, l’agroécologie m’a permis de réduire mes coûts, d’améliorer ma production et de vivre dignement de mon activité », explique-t-il.

Agroécologie, alimentation locale et santé publique

Au-delà des pratiques de production, la journée a également permis d’aborder un enjeu central : le lien entre alimentation et santé publique. La campagne nationale « Ma nourriture est africaine – Je mange camerounais », soutenue par l’AFSA (Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique), a été présentée en prélude à la Journée mondiale de lutte contre le cancer du 4 février 2026, placée sous le thème « Unis par l’unicité ».

Le message est sans équivoque : bien manger, c’est aussi se protéger. Les participants ont été invités à privilégier les fruits et légumes locaux, les céréales traditionnelles, les légumineuses et les poissons issus de la pêche artisanale, tout en réduisant la consommation de produits ultra-transformés, de fritures excessives, d’aliments carbonisés et de boissons sucrées.

En promouvant une alimentation locale, saine et agroécologique, la campagne contribue à la prévention des maladies non transmissibles, tout en soutenant l’économie paysanne locale.

Une vision stratégique pour l’avenir des territoires ruraux

Pour Mme ATANGANA Elisabeth, l’adoption durable des pratiques agroécologiques constitue un choix stratégique pour le Cameroun :

« Produire, transformer et consommer camerounais, c’est protéger notre santé, créer de la valeur localement et renforcer la résilience de nos communautés rurales. »

À l’issue des échanges, une certitude s’impose à Nkolmeyang : la transition agroécologique n’est ni une promesse lointaine ni un simple slogan. Elle prend corps dans les pratiques quotidiennes, dans les paroles partagées et dans l’engagement collectif de femmes, de jeunes et de paysans convaincus que la terre, lorsqu’elle est respectée, peut encore nourrir le pays — et bien plus encore.

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